Lors de mon installation à Oms en 2020, le terrain qui entourait la maison ressemblait assez à une belle … « forêt vierge » ! Je savais être l’heureuse propriétaire d’une grande chênaie (comme bien des personnes dans ce coin de pays) mais entre les arbousiers, les bruyères gigantesques et les genêts, je peinais un peu à discerner les arbres individuellement.
La forêt, elle même, semblait étouffer…
Dans un travail à la fois de titan et de fourmi, un forestier local dégagea les arbres un à un : analysant les chances de survie de chacun, débroussaillant les espaces entre les individus et assurant ainsi luminosité, espace personnel et prévention d’incendie par la même occasion.
La forêt recommençait à respirer, et moi aussi.
C’est ainsi que nous avons découvert petit à petit des arbres étonnants dont certains pourraient nous faire croire que nous sommes dans une « Petite Brocéliande catalane » ! Mon âme d’enfant se délectait : partir à la découverte de nouveaux arbres était devenu mon passe-temps favori.
Et c’est ainsi qu’un beau jour, je découvris un petit édifice adossé à la colline et en partie écroulé : une cabane ! Mon âme d’enfant fut vite secondée par celle de l’archéologue et à coup de recherches et de questionnements des locaux, je me rendis compte – non sans une certaine émotion – que je venais de découvrir les vestiges d’un ouvrage en pierre sèche à vocation agro-pastorale et connu sous le nom de « cabane », « orri » ou encore « casot ».

Historiquement, ces petites constructions devaient permettre aux bergers ou cultivateurs de s’abriter des affres des éléments, d’y passer la nuit ou d’y stocker du matériel. Les chercheurs avancent d’ailleurs la thèse selon laquelle « orri » viendrait étymologiquement du latin « horreum » qui signifie « grenier » ou « réduit »(1). Le plus souvent, ces édifices étaient de forme semi-circulaire ou quadrangulaire : le mien est en forme de fer à cheval ! Evidemment.
Compte tenu du passé agricole du village et de ses environs, la présence d’un tel orri était parfaitement compatible avec l’horta pratiquée ici fin XIXè et début du XXè siècle (savoir, une agriculture de forme jardinatoire (2)). Et en effet, je n’étais pas au bout de mes surprises…
Quelques débroussaillements plus tard (merci François), ce sont les anciennes terrasses de culture qui nous apparurent : intactes malgré le temps et majestueuses de robustesse et de sobriété. Ici furent peut-être cultivés des arbres fruitiers, des oliviers ou même de la vigne avant qu’elle ne disparaisse vers la fin du XIXè siècle, frappée par le phylloxéra.

Les pièces du puzzle commençaient à se rassembler et le tableau à prendre forme : j’avais devant moi un arrêt sur image d’un temps passé.
Un architecte me dit un jour que j’avais « une âme de bâtisseuse » : celle-ci venait bel et bien de s’activer. Il fallait restaurer l’orri, c’était une évidence et le plus authentiquement possible. Restait à trouver comment et par qui.
Et comme souvent dans ce genre de situations, les synchronicités se manifestent : les informations arrivent « comme par magie », vous donnant contacts et pistes à explorer jusqu’à ce que « la bonne personne » pour le projet vienne un jour frapper à votre porte.
Cette personne, c’est Jérémy Tissier. Les échanges furent faciles, la compréhension mutuelle instantanée. Je porte la croyance que les lieux choisissent leurs habitants. L’orri venait d’élire son restaurateur.
Le chantier eut donc lieu durant cet été 2025. Dans mon grand enthousiasme, je voulais tout suivre, tout voir ! Mais je compris très vite que la relation entre le Compagnon et son édifice à relever était de l’ordre de l’intime, du précieux et de la communication silencieuse. Je me suis donc fait discrète, faisant de brèves apparitions en arrivant sur la pointe des pieds (sauf quand je trébuchais sur une souche… et oui, l’orri est au milieu de nul part) et repartant émue et heureuse de la transformation en train de s’opérer.
Jérémy fit son œuvre, retrouvant au passage un objet dont l’usage nous questionne encore et… un demi fer à cheval. Nouveau clin d’œil, s’il en fallait encore…

La charpente et la couverture de bois posées, il m’est revenu le privilège d’apporter la touche finale : poser du liège puis de la bruyère afin que l’orri se fonde complètement dans son environnement. Grâce à l’ingéniosité de Franck, un ami paysagiste, nous avons pu assurer l’écoulement des eaux de pluie et garantir ainsi l’étanchéité de l’ensemble.

Quel magnifique travail collectif, dans l’énergie du cœur de la chênaie ressuscitée comme son orri et les terrasses qu’elle abrite depuis… un temps certain.
Je vous reparlerai de la forêt. Sa renaissance n’est pas terminée et d’autres projets sont en gestation.
Mais attendons le temps de Kaïros.
« Poc a poc » aime-t’on dire ici…
Observations :
(1) https://inventaire.patrimoines.laregion.fr
(2) « Oms, Balcon des Aspres » – ouvrage collectif, édition 2023
et concernant la restauration de l’orri et le travail de la pierre en général, je vous renvoie vers l’échange avec Jérémy Tissier.