"A l'écoute de l'Humain et de l'Animal"

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Quand le feu s’invite … et que l’humanité répond « présente »

Il est parfois difficile de trouver les mots.

Depuis plusieurs jours, vous êtes si nombreux à m’avoir envoyé un message, passé un appel, eu une pensée ou une prière pour nous. Certains me connaissent personnellement, d’autres suivent simplement Harmonia depuis des années. Tous avaient la même préoccupation : « Comment allez-vous ? »

J’avais envie de prendre le temps de vous répondre autrement qu’au travers de quelques publications sur les réseaux sociaux, car je sais que tout le monde ne les consulte pas.

Comme beaucoup d’habitants de notre région, nous avons été confrontés à un incendie d’une ampleur exceptionnelle. Les journées ont été rythmées par les alertes, les fumées, les informations parfois contradictoires, les valises préparées dans l’urgence et cette question qui revient sans cesse lorsque l’on partage sa vie avec des animaux : comment les mettre en sécurité ?

Lorsqu’on vit avec des chevaux, une évacuation ne consiste pas simplement à fermer une porte derrière soi. Il faut trouver un lieu d’accueil, organiser le transport, essayer de rester lucide alors que le stress monte d’heure en heure.

Je ne vous cacherai pas que ces journées ont été éprouvantes.

Et pourtant…

Au cœur de cette période si particulière, nous avons reçu une incroyable succession de ce que j’aime appeler « des cadeaux du destin ».

Une écurie privée a spontanément ouvert ses portes à mes poneys. À quelques minutes seulement, un petit Airbnb s’est libéré exactement au moment où nous en avions besoin. Des voisins, des amis, des connaissances… et parfois de parfaits inconnus ont proposé leur aide, prêté du matériel, pris des nouvelles ou simplement envoyé un message de soutien.

À chaque difficulté semblait répondre une main tendue.

Ces derniers jours m’ont rappelé que les anges gardiens ne portent pas toujours des ailes. Parfois, ils arrivent au volant d’un van. Parfois, ils ouvrent les portes de leur écurie à des chevaux qu’ils ne connaissent pas. Parfois, ils prêtent les clés d’un appartement situé à cinq minutes seulement. Parfois, ils prennent simplement le temps d’écrire : « Comment allez-vous ? »

Ces gestes paraissent ordinaires. Pourtant, lorsqu’on traverse une épreuve, ils prennent une dimension extraordinaire.

Parmi les très nombreux messages reçus, l’un d’eux m’a particulièrement émue.

Il venait d’une jeune femme que j’ai eu le bonheur d’accompagner ici, auprès des poneys, dans le cadre de l’approche Medicine Horse Way. Sa propre commune venait elle aussi d’être évacuée. Elle vivait les mêmes incertitudes que nous. Pourtant, malgré tout ce qu’elle traversait, elle a trouvé le moyen de m’envoyer un message pour prendre de nos nouvelles… et surtout de celles de Chaman et de Léo.

J’ai été profondément touchée.

Dans ces moments-là, on mesure que les liens tissés au fil des années dépassent largement le cadre d’un accompagnement. Ils deviennent des liens profondément humains, où chacun prend soin de l’autre lorsque la vie le demande.

Aujourd’hui, nous sommes rentrés à la maison. Les poneys m’ont rejoint quelques jours plus tard, une fois le danger suffisamment éloigné.

Et je ne peux pas poursuivre ce récit sans rendre hommage à mes trois petits héros.


Merlin est normalement un camion… deux chevaux. Mais les circonstances en avaient décidé autrement : il est devenu, le temps de quelques jours, un camion « trois poneys ».

Sans préparation, sans répétition, sans savoir ce qui les attendait, Léo, Chaman et Tequila sont montés à bord comme de véritables champions. Ils m’ont fait confiance alors que, moi-même, j’avançais à vue. Cette confiance est un cadeau que je n’oublierai jamais.

Léo a visiblement beaucoup apprécié cette pension improvisée. Son activité favorite consistait à observer, avec un sérieux presque professionnel, les chevaux travailler dans la carrière. J’ignore encore s’il prenait des notes ou s’il distribuait mentalement les bonnes et les moins bonnes appréciations…

Chaman, quant à lui, a traversé cette aventure avec son calme habituel. Dans le camion, il s’est retrouvé confortablement installé entre ses deux compagnons, comme dans un grand câlin roulant. Une configuration qui semblait finalement tout à fait lui convenir.

Et puis il y avait Tequila… Arrivée dans notre petite famille seulement quelques mois auparavant, elle aurait pu être complètement déstabilisée. Au lieu de cela, elle a affronté cette première grande aventure avec une sérénité remarquable. Je crois que ces quelques jours un peu hors du commun ont soudé encore davantage notre drôle de troupe.

Quant à Clochette… notre petite aventurière a dû découvrir les joies très relatives d’une vie en appartement. Une expérience qu’elle n’avait certainement pas inscrite à son programme estival ! Elle s’est adaptée avec beaucoup de philosophie, même si je suis persuadée qu’elle rêvait déjà de retrouver ses arbres, ses escapades et sa liberté.

Les animaux possèdent cette faculté extraordinaire de revenir très vite à l’instant présent. Là où nous continuons parfois à revivre les événements, eux semblent nous rappeler qu’après la tempête… il est simplement temps de recommencer à vivre.

Mes pensées vont aujourd’hui vers toutes les personnes qui n’ont pas eu notre chance, vers celles qui ont perdu leur maison, leurs souvenirs, parfois leurs animaux. Elles vont également à toutes les équipes engagées sur le terrain – pompiers, volontaires de la sécurité civile, vétérinaires, bénévoles, associations de protection animale – qui accomplissent un travail remarquable dans des conditions extrêmement difficiles.

Cette expérience m’a également rappelé une réalité que nous ne pouvons plus ignorer.

Les incendies que nous pensions autrefois exceptionnels deviennent plus fréquents, plus précoces, plus violents. Ici, dans le sud de la France, nous apprenons à vivre avec cette menace grandissante. Le changement climatique n’est plus une notion abstraite ; il s’invite dans notre quotidien, dans nos paysages, dans nos forêts et jusque dans nos décisions les plus simples.

Je n’écris pas ces lignes pour susciter l’inquiétude, mais parce que je crois qu’il est essentiel d’ouvrir les yeux sur cette nouvelle réalité, de nous préparer collectivement et de continuer à cultiver ce qui fait notre plus grande force : la solidarité.

Enfin, je voudrais simplement vous dire : « Merci » 🙏🏼

Merci pour chacun de vos messages, vos pensées, votre présence discrète ou manifeste. Même lorsque je n’ai pas eu l’énergie de répondre individuellement, je les ai tous lus. Ils nous ont accompagnés tout au long de ces journées si particulières.

Pendant quelques jours, j’ai eu le sentiment d’être portée par une immense chaîne de bienveillance. Les frontières se sont effacées : des messages sont arrivés des quatre coins de la France, de ma petite Belgique, de mon cher Canada … et bien au-delà. Je n’imaginais pas, en créant Harmonia il y a toutes ces années, qu’une telle communauté se tisserait peu à peu autour de cette aventure. J’en mesure aujourd’hui toute la richesse.

Il arrive que l’on perde un peu confiance en notre époque.

Puis surviennent quelques jours comme ceux-ci.

Et l’on découvre que, derrière les flammes, il existe une immense humanité faite de gestes simples, de regards bienveillants, de mains tendues et de liens invisibles qui nous relient les uns aux autres.

C’est cette humanité-là que je choisis de retenir 🕊️

Avec toute ma gratitude 🙏🏼💝

Nadine,
Clochette, Chaman, Léo & Tequila