"A l'écoute de l'Humain et de l'Animal"

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Echange avec Marie-Laure Guénot

spécialiste en agro-écologie équine

🎤 Marie-Laure Guénot : vous êtes spécialiste en agro-écologie équine, une approche encore relativement peu connue dans le milieu équestre. Pouvez-vous nous expliquer en quoi elle consiste ? 

L’agro-écologie équine est une façon de penser la relation entre le cheval et son environnement de manière globale et cohérente. On ne regarde plus uniquement l’animal lui-même, ou la parcelle sur laquelle il vit : on cherche à comprendre comment chacun des acteurs présents dans l’écosystème s’influencent mutuellement, et comment on peut créer entre eux une relation équilibrée et durable, profitable à tous les éléments.

Dans la pratique, cela touche à tout : la gestion des pâtures, la rotation des parcelles, la santé du sol, la qualité de l’herbe, l’aménagement des espaces d’hébergement, la préservation des zones sensibles, la gestion de l’eau… C’est une approche qui répond aux principes de l’agro-écologie (travailler avec la nature plutôt que contre elle) mais appliquée aux spécificités de l’espèce équine.

Et ce qui me tient à cœur dans mon travail, c’est de rendre cette approche accessible et concrète : on n’a pas besoin de disposer d’un domaine de 100 hectares pour mettre en œuvre des pratiques agro-écologiques. Même sur de petites surfaces, même avec des moyens limités, il est possible de transformer profondément les conditions de vie des chevaux et la viabilité, la résilience d’un site.

🎤 Au sein de Terres et Chevaux, vous prodiguez notamment des conseils en vue de la réalisation d’équi-pistes. Ce type d’infrastructures rencontre plusieurs besoins fondamentaux des chevaux et est adaptable à toute superficie de terrain. Pour en avoir fait moi-même l’expérience, l’équi-piste contribue non seulement au bien-être des chevaux mais permet également une belle collaboration avec l’environnement dans lequel ils évoluent. Pouvez-vous nous parler de ces équi-pistes ?

L’équi-piste est l’une des réponses les plus élégantes que je connaisse aux besoins fondamentaux du cheval. On le sait : un cheval a besoin de mouvement quasi-continu, c’est nécessaire notamment pour le bon fonctionnement de son métabolisme. Or nos modes d’hébergement traditionnels, qu’il s’agisse de boxes, de paddocks ou de même de prés divisés en petites parcelles, ne permettent pas cela.
À l’inverse, le cheval est l’herbivore domestique le plus sélectif qui existe en matière d’herbe, et donc il est malheureusement impossible de le laisser vivre sur de grands espaces non gérés, parce que cela conduit à un appauvrissement notable en biodiversité (et donc aussi en productivité des parcelles).

L’équi-piste, c’est un réseau de chemins qui délimitent le contour de parcelles de pâture, et qui relient entre elles différentes zones de ressources plus larges : des zones de repos, de roulage, d’affouragement, de jeu, de minéraux, etc. Les chevaux s’y déplacent librement, à leur rythme et en groupe, ce qui répond à la fois à leurs besoins physiques et à leurs besoins sociaux et psychologiques.

Ce qui est remarquable, c’est que ce dispositif est adaptable à pratiquement toutes les configurations de terrain : sur de grandes surfaces comme sur des petites, des terrains plats comme en pente, des sols argileux ou des sols rocheux ; tout est question d’adapter le système et l’aménagement en fonction des caractéristiques du lieu. Et en canalisant le passage des chevaux sur des zones précises, on protège le reste du terrain : la végétation peut alors se régénérer, les sols ne sont pas tassés et restent vivants, et la biodiversité est préservée. C’est vraiment un outil gagnant-gagnant, pour le cheval comme pour l’environnement.

Exemple de plan d’équi-piste

🎤 Un sujet que je souhaitais absolument aborder avec vous : comme de nombreuses personnes ayant la responsabilité de chevaux, je suis profondément interpellée par les maladies développées par eux en lien avec leur environnement (érables et chênes devenant toxiques, maladies dites « à l’herbe »…). Je ne peux m’empêcher de me dire que les chevaux se font messagers d’un mal-être plus global : celui d’une planète qui va mal. Votre pratique vous place quotidiennement entre chevaux et environnement : quel est votre point de vue sur cette réalité ?

Je crois en effet que les chevaux sont de bons indicateurs de l’état de leur environnement. Quand on observe une recrudescence des myopathies atypiques liées aux érables sycomores, une augmentation des fourbures et des syndromes liés à l’herbe rase et sucrée du printemps et de l’automne, ou encore des intoxications aux glands, on ne peut pas dissocier totalement ces phénomènes des bouleversements climatiques et des déséquilibres écologiques que nous traversons.

Les étés plus chauds, les automnes plus tardifs, les hivers doux qui ne permettent plus à la végétation de se reposer vraiment : tout cela modifie les cycles de croissance des plantes, leur composition, leur toxicité potentielle. Le cheval, qui a évolué pendant des millénaires dans des environnements stables, se retrouve face à des perturbations pour lesquelles il n’est pas armé (tout comme c’est le cas pour nous humains, d’ailleurs).

Mon rôle de conseil me place exactement à une intersection entre constat tragique d’un côté, et action de préservation ou de restauration de l’autre, et donc je ne vis pas cela comme une fatalité. Bien au contraire : chaque propriétaire qui adapte la gestion de ses pâtures, qui diversifie les espèces végétales présentes, qui repense la circulation de ses chevaux sur son terrain etc., contribue à sa façon à recréer un peu de  stabilité et de résilience. C’est d’ailleurs l’une des convictions qui guide mon projet de pension en cours de concrétisation : proposer un lieu pensé dès le départ comme un espace de vie sain, où le cheval retrouve des conditions proches de son éthologie naturelle, dans un environnement qui lui est favorable, et qu’il contribue lui-même à entretenir.

🎤 Un grand merci Marie-Laure pour cet échange passionnant ! Je vous souhaite beaucoup de succès dans la réalisation de votre projet de pension.

Et pour de plus amples informations :

Marie-Laure Guénot
TERRES ET CHEVAUX
Design d’écuries éco-gérées • Agro-écologie équine

Villefranche-de-Rouergue • Aveyron
Site web : www.terres-et-chevaux.fr
Tél. : 06.99.57.32.76
Email : contact@terres-et-chevaux.fr
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